Le point avec Christian Lenoir, coopérateur et membre du conseil d’administration de Faircoop.

Quelle est la situation du secteur du lait aujourd’hui en Belgique ?

Christian Lenoir - Elle n’est guère brillante. Les marchés sont relativement saturés et le prix du lait à la ferme est fort bas. Il ne couvre même pas les frais de production. Le système de régulation qui existait jusqu’ici, en l’occurrence les quotas laitiers, permettait partiellement de faire face à la situation.

Mais l’Union européenne les a supprimés le 1er avril dernier…

 C. L. - Effectivement ! Et tout le monde est désormais libre de produire la quantité qu’il désire. Les volumes risquent ainsi d’augmenter, avec des conséquences néfastes pour le prix du lait. C’est la loi de l’offre et de la demande. Les marchés étaient déjà saturés avant la fin des quotas. L’embargo russe sur toute une série de produits, dont le lait, n’a pas arrangé les choses. On nous avait en outre promis des exportations vers des pays comme la Chine, mais ces pays, eux-mêmes saturés, ont réduit leurs importations. Enfin, en Flandre, en Allemagne et aux Pays-Bas, beaucoup d’industriels ont investi des moyens considérables dans des installations gigantesques en vue de produire plus de lait. Les producteurs wallons craignent de plus en plus cette concurrence.

Quels sont les défis pour l’avenir ?

C. L. - Les laiteries devraient investir plus de moyens dans des produits à haute valeur ajoutée. Il faut aussi créer des marques de produits belges. En Belgique, il n’existe plus que 2 ou 3 laiteries qui transforment le lait.

Dans ce contexte, quelle est la particularité du lait étiqueté Fairebel ?

C. L. - Le lait Fairebel, ce sont des produits vendus à un prix équitable, autrement dit qui couvre les frais de tous les acteurs de la filière, du fermier à la grande surface en passant par le transporteur et le transformateur. Toutes les marges sont calculées dans cet objectif. De plus, chaque litre de lait commercialisé donne droit à une somme redistribuée aux agriculteurs en fonction des montants qu’ils ont investis dans la coopérative. Ce système de bonus est basé sur des parts de 100 euros. En 2010, après à peine 8 mois de fonctionnement, il avait déjà permis de récupérer 27 euros par part. Pour les agriculteurs, les bonus permettent de compenser la chute du prix du lait à la ferme.