Quelles sont les avancées récentes de la recherche dans le secteur agroalimentaire ?

Philippe Lepoivre - Il y a aujourd’hui beaucoup plus de transversalités. Actuellement, on ne peut plus concevoir de systèmes de production sans prendre en compte les nombreuses attentes de la société ainsi que les aspects organisationnels qui y sont associés. En matière d’agriculture biologique, les recherches ont lieu non seulement sur les aspects purement techniques des systèmes de production, mais aussi sur la sociologie de la transition, autrement dit la manière dont les organisations humaines vont effectivement s’adapter ou favoriser l’émergence de nouveaux systèmes de production. Cela aboutit entre autres à l’émergence de nouveaux métiers

Une autre avancée est l’émergence de la chimie verte, qui stimule les utilisations non alimentaires des produits de l’agriculture…

P. L. - Elle constitue une véritable rupture avec le passé. L’utilisation des productions agricoles à des fins non alimentaires a commencé par l’énergie de première génération, produite à partir de cultures destinées traditionnellement à l’alimentation. De plus en plus de molécules à haute valeur ajoutée seront produites par les agro-ressources. On fabrique par exemple aujourd’hui des contraceptifs, des plastiques, des isolants, des surfactants, des matériaux composites, etc., à partir de produits végétaux. Grâce à cette évolution, l’agriculteur produira de plus en plus une matière première pour l’industrie.

Quels sont les changements induits dans l’enseignement ?

P. L. - Le métier d’ingénieur agronome et de bio-ingénieur était, il y a encore 10-15 ans, un métier essentiellement technique, scientifique. Aujourd’hui, on demande beaucoup plus de compétences relationnelles, managériales, de leadership et autres pour que les ingénieurs puissent piloter le changement au sein des entreprises. De nouveaux métiers apparaissent également, notamment dans le domaine des énergies renouvelables et de la chimie verte. De manière corolaire, une institution d’enseignement est aujourd’hui rarement capable de couvrir seule toutes les compétences. Une tendance lourde est le développement de partenariats entre institutions tant pour l’enseignement que la recherche.