Le secteur a été quelque peu occulté le temps des révolutions industrielles. Mais la crise financière de 2008 a provoqué une piqûre de rappel et replacé la question agricole au cœur des préoccupations nationales.

Zoe Gallez de la coopérative Terre-en-vue créée en 2012, qui a pour but de faciliter l’accès à la terre pour une agriculture durable, nous parle des principaux enjeux.

Quels sont les défis auxquels est confronté le secteur agricole belge ?

Zoé Gallez - « Comme la plupart des pays européens, l’agriculture belge est caractérisée par une diminution du nombre d’exploitants et une augmentation des plus grandes fermes. Ces 30 dernières années, plus de 63 % des fermes ont disparu au profit des grandes exploitations (43 petites fermes disparaissent en moyenne chaque semaine). La Belgique continue de s’orienter vers un modèle de plus en plus industriel. Ce modèle n’est pas durable à long terme, car il épuise les terres et il est très dépendant des ressources fossiles. Une terre morte met des années avant de se régénérer. »

Reprendre ces fermes demande donc des investissements colossaux...

Z. G – « Oui, aujourd’hui, il faut prévoir en moyenne 500 000 euros de capital... Et ce n’est pas du tout évident pour un jeune d’obtenir un prêt auprès des banquiers pour un montant pareil. D’où la réticence de nombreux jeunes à reprendre la ferme de leurs parents ou à se lancer dans le secteur. Il faut souligner que les agriculteurs ont une pyramide des âges qui révèle que plus de 50 % d’entre eux ont plus de 50 ans et plus d’un quart est âgé de 60 ans. Par contre, seuls 10 % ont 30 ans. »

Qu’est-ce qu’il faut alors pour dynamiser ce secteur et le rendre plus attractif ?

Z. G. – « Les associations fondatrices de Terre-en-vue ont identifié plusieurs obstacles au développement d’une agriculture plus durable. Le premier est l’accès aux savoir-faire et aux connaissances : il s’agit d’encourager les écoles d’agriculture et les instituts de formation à proposer des modules permettant de développer l’agriculture de demain, une agriculture innovante et respectueuse du sol. Ensuite, favoriser l’accès aux terres agricoles pour ceux qui sont confrontés à la spéculation foncière. Il y a une envolée des prix qui n’est plus du tout en lien avec la capacité productive des terres. D’où l’idée de mettre en place un mécanisme de coopérative qui permet de rassembler les capitaux nécessaires pour préserver certaines exploitations et les rendre accessibles à une agriculture innovante, qui est pensée autrement et qui peut nourrir les gens correctement. Il faut également aider les agriculteurs à pouvoir accéder aux crédits par l’intermédiaire d’organismes de financements éthiques. Enfin, ils doivent être soutenus dans l’écoulement de leurs produits, ce qui peut notamment se faire par le développement de circuits de proximité (vente directe, marchés, groupements d’achat), qui permettent d’éviter à la nourriture de parcourir des kilomètres avant d’arriver dans nos assiettes. Il faut donc repenser la manière de voir et d’enseigner l’agriculture. »

Quelle serait cette nouvelle approche de l’agriculture ?    

Z. G. – « Il n’y a pas une vision uniforme de voir les choses. Mais nous ne pouvons pas continuer avec une extension des exploitations et donc un recours trop élevé aux engrais chimiques, aux pesticides, à la mécanisation, etc. Il faut être innovant sur des techniques agricoles qui permettent de respecter l’environnement et de faciliter le travail en même temps. »