Explications par Yvan Hayez, secrétaire général de la FWA.


Lorsqu’on mentionne le concept d’agriculture durable, très souvent, on entend agriculture environnementalement et sanitairement durable. Or, en agriculture comme dans d’autres secteurs, la durabilité doit aussi prendre en compte les aspects sociaux et économiques.

 

La durabilité : déjà une réalité

Les exploitations wallonnes, d’une taille moyenne de moins de 56 hectares, ont parfaitement intégré la notion de durabilité dans leurs activités. Les normes qui encadrent l’activité agricole sont extrêmement sévères et les agriculteurs ont volontairement mis en œuvre une série de pratiques de nature à réduire leur impact sur l’environnement. En 20 ans, la quantité de produits phytosanitaires utilisés en agriculture a drastiquement diminué (-30 % en 20 ans).


Pour atteindre une vraie durabilité, nous avons besoin d’un cadre politique cohérent.
 

Parallèlement à cela, plus de 40 % des agriculteurs mettent en place des mesures agroenvironnementales et climatiques sur base volontaire, afin de contribuer à la biodiversité dans nos campagnes, via notamment la mise en place de zones favorables à la reproduction des espèces ou au nourrissage hivernal de celles-ci. Nous avons de façon plus générale une agriculture diversifiée, qui est également de nature à favoriser la biodiversité. L’ensemble des cahiers des charges, des systèmes d’autocontrôle appliqués en agriculture (Qualité Filière Lait, Vegaplan…) comportent un volet « durabilité ». Bref, en agriculture, la recherche de plus de durabilité, ce n’est pas une option, c’est une réalité quotidienne.

 

Pas d’oppositions !

Le danger, lorsqu’on parle de durabilité, c’est d’opposer les modes de production, de commercialisation. Bio versus conventionnel ? Circuit court versus vente à un transformateur ? La Fédération Wallonne de l’Agriculture refuse d’entretenir cette opposition. L’alimentation durable, c’est pour tout le monde ! Y compris le consommateur qui ne peut pas, ou ne veut pas, acheter bio. Y compris pour les consommateurs qui, et ils sont nombreux, n’ont pas le temps ou l’envie de se rendre à la ferme pour acheter directement au producteur.

 

Un besoin de cohérence

Alors oui, nos agriculteurs avancent avec conviction vers toujours plus de durabilité. Mais pour y arriver, l’agriculture doit pouvoir compter sur un terrain économique plus favorable. Aujourd’hui, ses produits sont mis en concurrence avec des importations extra-européennes qui ne répondent pas aux mêmes critères, et qui sont moins chères, forcément. Cette contradiction pèse lourd sur la santé économique de nos fermes familiales. Pour atteindre une vraie durabilité, qui assure aussi l’avenir de nos exploitations, nous avons donc besoin d’un cadre politique cohérent, qui valorise nos productions et qui permet aux agriculteurs de vendre leurs produits à un prix qui les rémunère équitablement, sans concurrence déloyale, sans dumping social ou environnemental.

Et nous avons besoin de consommateurs conscients et cohérents, qui favorisent les productions bien de chez nous et qui donnent aux agriculteurs wallons la confiance qu’ils méritent.