« Si la présence de grandes sociétés constitue un facteur crucial pour le développement d’un secteur biomédical au niveau régional, il est important de pouvoir également disposer d’un tissu de PME innovantes et de la création d’un certain nombre d’entreprises, principalement des spins offs universitaires, dans le domaine du vivant.

Parallèlement, la Wallonie propose toute une série d’outils pour le développement de nos entreprises et la mise en place de projets collaboratifs entreprises-universités. »

Justement, où se situe la Wallonie dans le secteur biotech par rapport au reste de l’Europe ?

« Elle est souvent citée comme l’une des régions les plus développées. Environ 15 000 personnes travaillent dans le secteur en termes d’emploi direct (et l’on estime qu’un emploi direct en génère deux indirects). Beaucoup d’investissements publics (de l’ordre de 165 millions d’euros) sont réalisés dans la R&D. Au niveau des universités, une grande professionnalisation a été constatée depuis une dizaine d’années dans la création d’entreprises ainsi que dans leur développement. »

Comment se déroule la collaboration des différents acteurs wallons en la matière ?

« Globalement bien, comme la croissance le démontre, même s’il faut continuer d’améliorer l’articulation entre toutes ces structures. En sciences du vivant, plusieurs structures sont financées par les pouvoirs publics pour favoriser le développement technologique.

D’autres structures agissent de façon plus transversale, telles que l’AWEX qui est, à mes yeux, le bon exemple d’une administration réactive et proactive, avec l’établissement de collaborations internationales au sein de ce que l’on peut comparer à des écosystèmes.

Le défi consiste à faire fonctionner toutes ces structures ensemble et à éviter les redondances entre elles, d’où l’importance de bien analyser qui fait quoi, d’avoir des contacts réguliers et de savoir remettre l’ouvrage sur le métier. »

Comment voyez-vous l’avenir de la biotech en Wallonie, entre autres par rapport aux questions de son financement ?

« Le développement d’un secteur industriel nécessite une somme de composantes qui doivent chacune jouer leur rôle. Il faut donc aussi trouver un équilibre entre elles. S’il est important de soutenir les PME, il est tout aussi fondamental d’avoir une stratégie de soutien pour les grandes entreprises, car leur départ est fortement déstructurant pour le tissu industriel.

Par ailleurs, sans maintien d’un financement de la recherche fondamentale, il n’y a pas de développement économique. Ne financer que la recherche académique appliquée, c’est tuer l’innovation à court terme. Mais il faut articuler intelligemment le transfert technologique lorsqu’il est possible et qu’il a du sens.

Un point d’action aujourd’hui en Wallonie consiste à encourager des stratégies de croissance de filière industrielle particulières. La Wallonie excelle en immunologie et vaccinologie, en neurosciences, en thérapie cellulaire... ; il convient donc de renforcer de manière préférentielle ces filières-là. Ce qui n’empêche en rien l’émergence de nouvelles filières, mais à condition d’identifier les secteurs dans lesquels la région est performante et de les renforcer à travers les différentes composantes.

Enfin, il est nécessaire d’analyser les outils de financement manquants : des outils génériques bien sûr, mais également des outils spécifiques à certaines filières. La Wallonie est très réactive à ce niveau-là et avait, par exemple, envisagé à un moment une sorte de tax shelter pour les sociétés biotech très innovantes.

Nous avons les outils en main pour que la Wallonie reste l’un des leaders dans le domaine de la biotech. Des stratégies de formation sont développées pour que cet écosystème puisse être alimenté. Le décloisonnement des opérateurs et une vision convergente des besoins du secteur en impliquant les différents acteurs permettront de garder cette position dominante. »