Stany Vaes, Directeur général de Go4Circle


 

Depuis plusieurs siècles, la ferraille, le verre, les chiffons et le papier sont au menu des industriels pour être incorporés dans de nouvelles productions. Mais la qualité n’a pas toujours été au rendez-vous. C’est leur défi désormais.

 

Fini le papier qui coince dans les photocopies
 

Les défauts lors de la production dus à l’hétérogénéité des flux, associés parfois à l’absence de garantie de quantité, ont souvent été des obstacles. Stany Vaes, Directeur général de Go4Circle précise que « la qualité des matières collectées est fondamentale. Le flux plastique, par exemple, est très compliqué. C’est une belle matière, mais terriblement hétérogène, avec de multiples composants complexes. Un véritable défi pour les acteurs de la gestion des déchets et de l’économie circulaire ».

Pourtant, nous devons rester positifs et continuer à y croire. L’utilisation de papier recyclé, par exemple, fait désormais partie de nos habitudes. Fini le papier qui gratte, qui coince dans les photocopies. Qui oserait encore acheter du papier fabriqué à partir de fibres vierges ? Go4Circle insiste sur ce point : « Le choix des consommateurs est le moyen premier et idéal de favoriser la boucle des matériaux. Pourtant, depuis plusieurs années – et on l’a encore vu récemment avec les nouvelles options de l’Union européenne (dix directives) – les politiques sont convaincus qu’il faut « pousser » au recyclage : plus de tri à la source, plus de possibilités de collectes sélectives afin de favoriser une économie émergente du recyclage. Ils ont tout faux ! Cette vision est dépassée. Il faut désormais faire le contraire : tirer le recyclage », explique Stany Vaes.

 

Consomm’acteur
 

Selon lui, le consommateur doit devenir « consomm’acteur » : il doit exiger des produits, des emballages, des objets fabriqués à partir de matériaux recyclés. C’est le meilleur moyen de favoriser l’économie circulaire et d’inciter les producteurs à changer leur ligne de production, pour passer de l’utilisation de matières vierges à celle de matières recyclées. « Notre mémorandum pour les prochaines élections de 2019 demande explicitement une baisse de la TVA pour les produits fabriqués à partir de matières recyclées. Ce serait un acte fort », ajoute le Directeur général de Go4Circle.

L’industrie de l’emballage a annoncé timidement, au début de l’été, l’engagement d’utiliser, pour ses bouteilles PET, 50% de matières recyclées à l’horizon 2025. C’est positif, mais c’est l’arbre qui cache la forêt : les possibilités sont beaucoup plus grandes pour d’autres résines, comme le PE, composant de très nombreux emballages également. Pire, certains fabricants le font déjà mais n’osent pas le dire, par peur d’une image négative dans la tête des consommateurs : ce qui est recyclé n’est pas de qualité aux yeux de très nombreux consommateurs.

 

Changements à apporter
 

Un autre exemple, plus parlant encore en termes de tonnage, a trait aux granulats provenant des déchets de construction et de démolition. Vous imaginez qu’une fois vos gravats déposés dans les conteneurs aux déchetteries, tout est facile. Et bien c’est faux ! Il faut s’assurer de leur tri en différentes qualités, de leur homogénéité et proposer une garantie. Jusqu’il y a peu, par exemple, les marchés publics en Wallonie interdisaient l’utilisation de granulats produits à partir de vos briquaillons. Tout cela sur la sacro-sainte exigence de qualité. Mais là-derrière se cache souvent une pression intense, émanant tout simplement de l’économie linéaire : notre planète a des ressources naturelles, utilisons-les jusqu’au dernier gramme. 

Go4Circle parle de véritables changements à apporter. « Si nous n’arrivons pas à encourager les producteurs à changer leur approche de la production, il faudra les y obliger ». Tous les secteurs traditionnels veulent éviter cette approche, mais l’Europe commence à y penser car, si beaucoup parlent d’économie circulaire, peu l’appliquent réellement.