Dans le contexte de crise économique actuelle, est-il pertinent d’apporter tant d’importance à notre empreinte énergétique ?

Paul Furlan  : « Tout à fait. Le constat climatique est préoccupant. Année après année, la température augmente à tous les endroits du globe provoquant montée des eaux, instabilité climatique et des crises dans les pays les plus pauvres. Ces faits apparaissaent tous les jours dans la presse ont été mis en évidence lors de la COP21. Pour les pays tempérés comme le nôtre, cette augmentation de la température peut paraître moins problématique, mais dans d’autres pays cela provoque des guerres et des conflits politiques basés sur le déséquilibre social. Il ne faut pas s’y tromper : le réchauffement climatique nous touchera plus tard. Il suffit de se rendre en montagne pour voir son impact. Dans les massifs du Mont Blanc, plusieurs kilomètres de glace ont déjà disparu. Si l’impact de notre empreinte énergétique sur la nature est maintenant indéniable, une diminution de cette empreinte serait également bénéfique pour notre économie. En investissant dans l’isolation, de meilleurs systèmes de chauffage ou d’éclairage, les ménages et les entreprises économisent de l’argent sur le long terme. Le coût d’un produit sur le marché est également dépendant du coût de l’énergie utilisée pour le produire. Consommer moins, c’est avoir un meilleur pouvoir d’achat et des entreprises plus compétitives. »

Investir représente un certain coût, est-ce à la portée de tous ?

P. F. : « Le portefeuille des gens Belges est réduit, car nous sommes en crise. Nous voulons inciter les citoyens et les entreprises à investir pour diminuer leur empreinte énergétique, mais encore faut-il être capable de le faire. Certaines populations plus défavorisées n’ont tout simplement pas les moyens d’investir sur leurs fonds propres. L’investissement se fait tout de suite, mais le gain, lui, se fait petit à petit, au fil du temps, avec un retour sur investissement après 4, voire 6 ans. C’est pourquoi la Région wallonne offre des aides en fonction du portefeuille et de la situation de chacun. Pour les ménages, nous proposons des aides directes et indirectes. Par exemple, une prime pour toute personne optant pour une chaudière avec un meilleur rendement énergétique. Il existe également des prêts à taux zéro permettant d’emprunter sans intérêts et les chèques habitat pour accéder plus facilement à la propriété. Du côté des entreprises, secteurs publics, marchands et non -marchands, nous proposons notamment les services de “« facilitateurs énergétiques” », des professionnels spécialisés dans les secteurs de l’énergie. Leur but est de répondre à toutes les questions sur l’optimisation énergétique et par exemple de les aider à réaliser un audit énergétique. Certaines entreprises bénéficient également d’avantages financiers et administratifs comme le payement des factures énergétiques à des tarifs plus avantageux. »

Toutes les entreprises ont-elles accès à ces aides ?

P. F. : « Pas encore, mais cela ne saurait tarder ! Depuis 15 ans, la Wallonie et les fédérations des entreprises les plus consommatrices d’énergie ont un accord commun visant à optimiser leur consommation d’énergie et leur production de CO2. Ces « accords de branche » sont bénéfiques pour la Région ainsi que pour les entreprises qui bénéficient de l’aide et d’avantages de notre part. Il est donc nécessaire de faire partie des fédérations incluses dans les « accords de branche » pour avoir accès aux aides de la Région. En 2013, 16 secteurs, 173 entreprises et 203 sites de production étaient concernés, représentant plus de 90 % de la consommation industrielle wallonne. Le résultat a été un véritable succès : l’efficience énergétique de l’industrie wallonne s’est améliorée de 16,5 % et les émissions de CO2 ont été réduites de 19,3 %. Ces accords ont d’ailleurs été reconduits pour la période  2014-2020. Nous voulons que ces « accords de branche » s’élargissent aux PME, aux TPE et aux secteurs publics, marchands et non -marchands dans le courant de l’année  2017 selon une formule qui leur correspond. Jean-Claude Marcourt et moi avons débloqué une enveloppe de 250 millions d’euros en ce sens. Bien évidemment, toutes ces structures, peu importe leur taille ou leur secteur, peuvent contacter nos « Facilitateurs Energies » pour des conseils gratuits. Parfois, des solutions simples permettent une économie d’énergie conséquente. »

Quels sont les bons réflexes pour limiter son empreinte énergétique à la maison ?

P. F. : « La première étape pour faire partie de la solution climatique est de connaître son impact au quotidien sur le réchauffement global de la planète. Celui-ci est induit par les activités telles que la mobilité, la consommation d’énergie, l’achat des divers produits ou encore la façon dont vous éliminez vos déchets. Nous invitons d’ailleurs les ménages à calculer leur empreinte carbone sur le site internet de l’AwAC (Agence wallonne de l’Air et du Climat). Conscient de ce que l’on consomme, il est alors plus simple de prendre des décisions en fonction de sa situation et de ses moyens. Par exemple, une chaudière bien dimensionnée et entretenue consomme en moyenne 10 à 25 % moins. Pour les chauffages au bois, il est bon de vérifier si le système utilisé est optimisé. De nombreuses alternatives existent telles que le foyer à pellet, un dérivé du bois renouvelable, sain, écologique et économique. L’optimisation énergétique passe également par l’isolation, mais aussi les appareils électriques. Lorsque vous achetez des appareils électroménagers, privilégiez les équipements à haute performance énergétique labélisés A+++, A++, A+. L’éclairage représente jusqu’à 8 % de la consommation électrique d’un ménage. Utiliser des LEDs ou des ampoules économiques permet d’économiser 5 à 15 euros par an par luminaire remplacé. Elles sont plus chères à l’achat, mais consomment moins d’électricité et fonctionnent plus longtemps. L’électricité représente un important budget dans les ménages, il faut chasser tout type de consommation supplémentaire, y compris l’énergie fantôme. En d’autres mots, les appareils en veille comme les chargeurs ou certains électroménagers. Il existe donc de multiples manières d’agir sur sa consommation d’énergie et d’aller son empreinte carbone. La Région a mis en place 16 « Guichets ÉEnergie » répartis dans toute la Région, en tout 40 consultants qui accueillent et guident le citoyen dans les domaines touchant à l’énergie au sein de son habitat. N’hésitez pas à les contacter si vous aussi, vous voulez aider la planète et votre portefeuille. »