Quelle est votre vision de la ville de demain ?

Vincent Callebaut : « Selon moi, la ville de demain est déjà en train de se dessiner aujourd’hui. À l’horizon 2050, nous serons 9 milliards d’êtres humains sur terre, dont 70% vivront en ville. Les mégapoles se développent principalement dans les pays émergeants mais également en Europe, avec des tissus urbains qui sont en train de se densifier et qui posent les grands défis de la rénovation et de la métamorphose énergétique. »
 

Comment cette vision se différencie-t-elle de la ville du passé ?

V. C. : « La grande différence par rapport à la vision de l’urbanisme après-guerre, c’est qu’on ne va plus étaler les villes à l’horizontal. Ce type d’expansion urbaine est très énergivore et déporte les populations les moins aisées à l’extérieur des villes, augmentant le besoin de transports et le recours aux énergies fossiles. Nous sommes en train de migrer vers une densification urbaine à la verticale. »
 


A Taipei, cette tour prône un nouveau prototype d’habitat : le concept de sky-villas, des maisons superposées à la verticale dans le ciel avec chacune 150 m² de jardin individuel.

Comment cette évolution s’articule-t-elle ?

V. C. : « Selon moi, la ville de demain repose sur quatre piliers. Le premier concerne l’agriculture urbaine : les villes actuelles ramènent le végétal au cœur de la cité et les lieux de production alimentaire proches des lieux de consommation. Nous passons donc d’une agriculture intensive basée sur les intrants chimiques à une agriculture biologique démocratisée. Cette agriculture urbaine demande aux consommateurs traditionnels de devenir des consommacteurs, c’est-à-dire des cultivateurs de la ville, aidés par des agriculteurs urbains. »

La grande différence par rapport à la vision de l’urbanisme après-guerre, c’est qu’on ne va plus étaler les villes à l’horizontal.

« Le second pilier de la ville de demain est la décentralisation énergétique : nous savons aujourd’hui qu’à partir des nouvelles énergies renouvelables (éoliennes, solaires, etc.), nous pouvons construire des bâtiments à énergie positive, produisant plus d’énergie qu’ils n’en consomment mais également capables de recycler les déchets en ressources. »

« Le troisième pilier est le développement de la mobilité douce. Dans le passé, le concept du « tout à l’automobile » a généré beaucoup de pollution. Les gens préféraient habiter leur propre pavillon individuel 4 façades avec jardin privé, quitte à s’éloigner de la ville. Aujourd’hui, la tendance est plutôt aux logements collectifs au cœur des villes pour raccourcir les distances maison – travail. On passe donc d’une conception centrée sur l’automobile à une cité conçue pour les piétons et les deux roues. Les distances se réduisent et on retrouve un peu l’esprit de village. »

« Le quatrième pilier est selon moi l’économie solidaire et coopérative. Il tend à inclure le citoyen pour réinventer la capacité d’action populaire. Aujourd’hui, l’architecte devient un peu le chef d’orchestre de la vie du quartier qui veille à répondre aux besoins de ses habitants. »
 


Le projet Dragonfly, New York.

Parlez-nous d’un de vos projets qui reflète cette vision…

V. C. : « Nous travaillons actuellement sur une tour de 50 000 m² en fin de chantier à Taipei. Cette tour prône un nouveau prototype d’habitat : le concept de sky-villas, des maisons superposées à la verticale dans le ciel avec chacune 150 m² de jardin individuel. Ce projet synthétise à lui seul les quatre piliers expliqués ci-dessus et a reçu la plus haute certification environnementale, « certification du diamant » à Taiwan. Nous visons à dessiner nos bâtiments de manière à ce qu’ils aient une emprunte carbone neutre, qui fait baisser entre 75 et 95 % les émissions de gaz à effet de serre actuelles, limitant ainsi l’augmentation de la température du globe à 1,5°C comme l’a fortement recommandé la COP21. »
 

Sur quelle idéologie vous basez-vous pour développer vos projets ?

V. C. : « Un mouvement de fond est en train de s’établir en architecture : le biomimétisme. Il consiste à imiter les modes de fonctionnement de la nature, dans laquelle tout se recycle sans pollution, et de transformer les villes en véritables écosystèmes. Je pense que cette vision représente l’avenir de l’architecture. »