Quelles sont les enjeux énergétiques majeurs d’ici à 2025 ?

« Selon la loi de sortie du nucléaire de 2003, on devrait en principe ne plus avoir de production de ce type à partir de 2025. Actuellement, elle représente encore plus de 50 % de notre approvisionnement ! Il faudra donc mettre en place un système énergétique qui garantisse notre sécurité d’approvisionnement, afin d’éviter des pénuries et des nécessités de délestage. Ce système doit être durable et faible en émissions de gaz à effet de serre, en évitant par exemple les déchets et les externalités environnementales négatives liées à certaines technologies. »

 

Comment jugez-vous la situation actuelle ?

« Depuis 2003, les gouvernements n’ont pas réussi à élaborer une vision sur la transition énergétique. Au début de cette législature, la ministre Marghem a vraiment manifesté la volonté de lancer un pacte énergétique, selon une stratégie raisonnée entre le fédéral et les Régions. Le fédéral est compétent en matière de sécurité d’approvisionnement, de nucléaire et d’éolien offshore ; les Régions le sont pour tout le reste, notamment le renouvelable. Il n’y a cependant pas encore de positionnement politique clair sur le type de système énergétique vers lequel nous devrions nous diriger. »

 

Comment les débats devraient-ils s’orienter ?

« Il faut une réflexion beaucoup plus profonde. Faut-il dimensionner tout le système électrique sur la base des pics de consommation ou faire en sorte que ceux-ci soient moins importants en déplaçant de grosses consommations à des moments de moindre consommation générale ? Il serait sans doute plus bénéfique de travailler avec de moindres capacités de production, mais de mieux les répartir à l’échelle de la journée ou de l’année. »

Il n’y a pas encore de positionnement politique clair sur le type de système énergétique vers lequel nous devrions nous diriger.

« Avec le nucléaire, on travaille en « base load », soit à production constante. Avec des outils de production beaucoup plus variables, la flexibilité est cruciale. L’éolien, par exemple, fonctionne 90 % du temps, mais parfois à puissance maximale, parfois à puissance bien moindre. Idem pour le photovoltaïque. Via des incitants, on peut amener les entreprises et les consommateurs lambda à adapter leur consommation en fonction de la demande. »

« Les entreprises accepteraient par exemple de ne pas faire fonctionner certains équipements à certaines heures de la journée et seraient récompensées via une réduction tarifaire ou un marché spécifique. »

 

Quels rôles remplissent la décentralisation et les consommateurs ?

« La décentralisation permet de rapprocher les sites de production et de consommation par rapport au « système de papa », où quelques grosses centrales alimentaient tout le pays à travers le réseau. Le consommateur peut véritablement devenir un acteur avec la production photovoltaïque, mais aussi avec le développement de la voiture électrique… »

Il faut lever un certain nombre de freins au développement d’une production locale d’énergie renouvelable.

« D’ici quelques années, j’en suis convaincu, beaucoup d’entre nous en aurons une dans leur garage. Si vous rentrez chez vous à 6 heures du soir avec une batterie encore chargée à 80 %, vous pourriez injecter cette charge durant le pic de consommation de début de soirée et recharger la voiture après 10 heures du soir, par exemple. »

 

Les énergies renouvelables sont-elles compétitives ?

« On pense souvent que renouvelable rime avec soutien financier, comme les certificats verts en Wallonie. C’est faux ! Le coût de production du renouvelable est très inférieur aux autres énergies. Nous serions sur pied d’égalité avec les technologies classiques déjà amorties si l’on faisait payer les externalités des sources d’énergie polluante via, par exemple, une tarification carbone par unité de production. »

« Ce principe du pollueur-payeur mettrait fin à une distorsion de marché. N’étant  pas polluant, le renouvelable n’aurait alors plus besoin d’une rémunération additionnelle. La tarification pourrait aussi s’appliquer au chauffage, au transport routier, etc., car nous allons vers un monde d’électrification croissante et cela permettrait d’élargir l’assiette de perception. »

 

Identifiez-vous d’autres freins ?

« Ces derniers temps, l’éolien a explosé en Flandre, une région beaucoup plus petite et plus densément peuplée que la Wallonie. Pourquoi ? Parce qu’au sud du pays, il existe une série de contraintes à l’installation et une insécurité juridique profonde : chaque permis éolien est systématiquement attaqué devant le Conseil d’État, etc. Il faut lever un certain nombre de freins au développement d’une production locale d’énergie renouvelable. »