Historiquement, quelle a été la place de l’eau à Bruxelles ?

Olivier Bastin : « La ville a été fondée sur les ramifications des multiples affluents de la Senne. Dès le Moyen Âge, la rivière a permis d’en assurer le développement économique grâce au transport de marchandises, tout en couvrant les besoins sanitaires de la population. Les industries créées au fil du temps, telles que brasseries, tanneries et ferronneries, dépendaient également de la disponibilité de l’eau. Au 19e siècle, Bruxelles, comme d’autres villes, a été confrontée au besoin de maîtriser les crues et les inondations ; les premiers grands travaux de Léopold II ont dès lors consisté à voûter la Senne. Parallèlement, le canal a été développé pour faire le lien avec Anvers, puis avec Charleroi, et tout le cordon industriel et minier en Wallonie. Progressivement, des communes comme Anderlecht, Molenbeek, Schaerbeek et une partie de Laeken se sont retrouvées dans un entre-deux entre le canal et le chemin de fer. C’est un héritage qui, aujourd’hui encore, n’est pas toujours facile à traiter. »

C’est-à-dire ?

Avec la création de la Région de Bruxelles-Capitale, en 1989, est née la volonté d’avoir une gestion d’ensemble de la ville. Une des priorités a été que le canal cesse d’être une rupture entre le sud-est de la ville, plutôt riche, et des communes plus en difficultés comme Molenbeek ou Anderlecht.

O. B. : « Jusqu’il y a une vingtaine d’années, un a priori extrêmement négatif existait par rapport à l’eau, en tout cas à l’égard du canal. Avec la création de la Région de Bruxelles-Capitale, en 1989, est née la volonté d’avoir une gestion d’ensemble de la ville. Une des priorités a été que le canal cesse d’être une rupture entre le sud-est de la ville, plutôt riche, et des communes plus en difficultés comme Molenbeek ou Anderlecht. Des actions se sont développées pour assurer la transformation et la réhabilitation du patrimoine industriel situé le long du canal, et en faire le support d’une nouvelle dynamique économique et sociale. »

Quels sont les projets en cours ?

O. B. : « Jusqu’à présent, les projets se souciaient plus de franchir le canal que de créer un véritable lien avec lui. Le premier projet véritablement établi en ce sens est de créer une passerelle sur la trace de la saignée du métro, entre Molenbeek et le centre-ville. D’autres passerelles sont envisagées à la Porte de Ninove et au coin de la rue Picard, près du boulevard du Port et de Tour & Taxis, mais elles ne sont pas encore en exécution. Puis, il y a l’aménagement du bassin Béco. À cet endroit, le canal s’élargit. Il y a une force paysagère attractive pour y implanter des constructions, et donc une forte pression des autorités et des promoteurs pour urbaniser les rives du canal. Tout l’enjeu sera d’intégrer la fonction économique postindustrielle du port -petites entreprises, manutention, logistique- avec des logements et des équipements autour du canal. »

Quelles sont les difficultés face à cet enjeu ?

O. B. : « Il faudrait que certains acteurs acceptent de faire légèrement marche arrière, et se mettent d’accord sur une vision calme, sage et simple. Je pense en particulier au creusement des quais. Parallèlement à l’aménagement en cours du bassin Béco, il y a des occupations temporaires de hangars, à caractère socioculturel. Des initiatives, créées par des associations comme Plateforme Canal ou Canal Playground, se sont fédérées autour de cette envie de faire quelque chose du canal à travers des interventions artistiques et des événements. En parallèle, un concours a été lancé avec des acteurs lourds comme Beliris, l’accord fédéral qui octroie un budget de l’ordre de 300 millions d’euros par an à la ville de Bruxelles et à la Région bruxelloise. »

Ce qui est une bonne nouvelle en soi…

O. B. : « … Oui, si ce n’est qu’on est malheureusement face à une administration très lourde et très juridique, qui pourrait prolonger l’aménagement pour encore de nombreuses années. Il y a un réel décalage entre les envies sociales et culturelles, et cette lourdeur administrative et procédurière. Le port de Bruxelles, lui, est confronté à une difficulté logistique : il doit protéger ses avoirs et ses bâtiments du vandalisme ou du vol ; on ne peut dès lors pas pénétrer sur ce territoire. Quand on se promène sur les rives du canal, on est confronté de manière récurrente à des barrières qui empêchent d’aller plus loin, alors que le paysage se prolonge et qu’on devrait pouvoir continuer à s’y balader. Il y a encore beaucoup d’ambiguïtés de ce genre à résoudre. »

 

Objet: erratum dossier print
L’agence Media Planet tient à préciser qu’une erreur s’est glissée dans le dossier print de la campagne « Le pouvoir de l’Eau », publiée le 8 septembre 2016. Olivier Bastin n’est plus l’actuel Maître architecte de la région bruxelloise. Il a cependant été le premier à occuper cette fonction. Nous tenons personnellement à nous excuser de cette erreur.