Champion d’apnée

C’est grâce à son père, grand amateur de voile, que Fred Buyle découvre très tôt l’océan et se passionne pour la plongée en apnée. Notre compatriote voyage alors beaucoup avec ses parents. « Nous passions trois mois par an sur un voilier. Mes parents ne plongeaient pas du tout. Peut-être que je voulais leur échapper en allant sous la surface de l’eau », nous confie-t-il sur un air amusé. Dès ses 7-8 ans, il effectue ses premières plongées en apnée. Puis, de plus en plus fréquemment et de plus en plus profondément.

De ses 22 à ses 32 ans, il fait de l’apnée son sport de compétition. Au passage, il décroche quelques records. Entre autres, il figure parmi les rares apnéistes au monde à avoir franchi la barre symbolique des 100 mètres de profondeur. Il est aussi le seul à avoir plongé au pôle Nord géographique. Sur ces dix années de compétition, il porte un regard étonnant : « Pour moi, c’était plus une manière de me construire, de comprendre comment je fonctionnais. L’apnée est un outil, non un but en soi. »

Démystifier le requin

Après la compétition, il devient moniteur de plongée en apnée, effectue une transition -  « naturelle » à ses yeux - vers la photo sous-marine et participe à la réalisation de documentaires sous-marins. La particularité de son travail : il plonge exclusivement en apnée, ne prend d’images qu’en lumière naturelle et minimise ainsi son impact sur l’environnement sous-marin. Son job ne s’arrête pas là : depuis dix ans, Fred Buyle participe à des missions scientifiques d’observation d’animaux marins et livre des conférences sur le sujet.

C’est avec passion qu’il parle de ce monde subaquatique et de ses habitants : « Nous travaillons avec des animaux vraiment emblématiques, comme les grands requins blancs ou les requins-marteaux. Je pose des balises sur eux. Ils sont vraiment fascinants. Au début, j’avais toujours dans l’inconscient cette appréhension, largement véhiculée, du requin prédateur et sanguinaire que l’on voit dans certains films de fiction. En réalité, j’ai très vite compris qu’il n’en était rien et à qui j’avais affaire. »

Se reconnecter à la nature

Au cours de ses expéditions avec des équipes internationales de chercheurs, Fred Buyle a eu l’immense privilège de découvrir de nombreuses régions du monde : les Açores, le Pacifique sud, le Mexique, l’Afrique du Sud… Mais, comme il le précise, il s’agit bien de travail et non de voyages d’agrément : « Ca a l’air paradisiaque, mais on travaille parfois dans des endroits très isolés et dans des conditions très limites. Ca vous oblige à sortir de votre zone de confort ! Les endroits et les périodes où je travaille, eux, sont tout simplement rythmés par les cycles saisonniers des animaux et leurs déplacements. »

Au final, quand on l’interroge sur le sentiment qui le domine durant toutes ses plongées, Fred Buyle conclut : « Ca me rend libre ! Cette proximité avec la nature, que nous avons beaucoup perdue dans notre société, permet de m’y reconnecter. Aujourd’hui, une part importante de mon travail consiste à faire partager ce sentiment et cette expérience avec des gens que j’emmène pour découvrir mon univers. » Sans oublier une autre préoccupation centrale de notre interlocuteur : la protection et la préservation des milieux marins.

Photos de Fred Buyle