Toutefois, si l’on n’y prend garde, prévient Carlo Di Antonio, elle pourrait évoluer dans ce sens. Pour le ministre wallon en charge de la Mobilité, l’enjeu du transfert modal est primordial.
 

Comment évolue la mobilité en Wallonie ?
 

« Les problèmes que nous connaissons aujourd’hui sont essentiellement liés à des circonstances de travaux ou à des conditions climatiques difficiles en hiver. Nous ne sommes pas dans une situation similaire à celle de Bruxelles, qui est presque saturée en permanence. En Wallonie, on peut circuler de manière relativement normale. Dans deux ans, une fois sorties de la phase de travaux intenses que l’on connaît pour l’instant, toutes les autoroutes et voiries régionales principales auront été remises à niveau. Il faut néanmoins continuer d’anticiper les problèmes éventuels. »

 

C’est-à-dire ?
 

« Si l’on ne fait rien, le nombre de voitures risque encore d’augmenter. La perspective pour 2030-2040 pourrait alors être compliquée, au point de connaître une situation similaire à Bruxelles aujourd’hui. Pour contrer cela, il est donc impératif de réussir la transition vers le transfert modal - soit des alternatives à la route - et le partage de la voiture. Si la part de marchandises transportées par voie d’eau augmente, le taux actuel de remplissage des voitures est de 1,3, soit l’un des plus faibles d’Europe ! Ceci est principalement dû à la politique en matière de voitures de société. Il faut un changement des mentalités mais également une réforme de la fiscalité automobile… »

 

… notamment aussi pour minimiser les effets sur notre environnement !
 

« Les véhicules des particuliers, plus encore ceux au diesel, ont en effet le plus d’impact en matière d’oxydes d’azote. Avec les particules fines, ceux-ci sont également les principaux déclencheurs de problèmes cardiorespiratoires. »

 

Sur quoi se focalise votre attention pour faire évoluer les choses ?
 


Pour éviter une situation similaire à celle de Bruxelles, il faut réussir la transition vers le transport modal.
 

« D’abord sur les bus, en doublant leur taux d’utilisation, notamment via la mise en place de lignes rapides. Ensuite sur la mobilité dans les centres-villes, où les citoyens utilisent encore leur voiture pour des distances de 3 à 6 km. Sur des distances aussi faibles, on peut développer l’usage du vélo. Je viens également de lancer des projets pilotes dont l’objectif est de pouvoir utiliser le Ravel dans un autre contexte que celui des balades du dimanche.  Par exemple pour se rendre sur son lieu de travail ou à l’école à vélo. Dans les pays scandinaves ou en Allemagne, les pistes cyclables sont des autoroutes à vélo. Pourquoi pas chez nous ? »

 

Vu la configuration de la Wallonie et son dénivelé, le vélo électrique ne s’avère-t-il pas plus approprié ?
 

« Nous faisons beaucoup d’efforts dans ce domaine, d’autant plus que son prix se démocratise. Nous avons ainsi lancé l’opération « Je teste l’électrique »,  en partenariat avec 79 vélocistes wallons, qui disposent de trois à cinq vélos chacun. Ces vélos sont mis gratuitement à disposition des citoyens pour quinze jours, sur simple inscription. Après ce test, le choix de se lancer ou non dans l’achat d’un vélo électrique lui appartient. Actuellement, on atteint 30 % d’achats. Vu ce succès, nous allons doubler la capacité des vélocistes dans les prochaines semaines et étendre l’initiative à d’autres petits véhicules électriques, comme les trottinettes. »

 

Comment se porte le recours aux voies d’eau ?
 

« Très bien ! Nous avons transporté 42 millions de tonnes en 2017 par cette voie. Cela représente l’équivalent de 2 millions de camions ! Par rapport à 2016, l’augmentation est 6,8 %, alors que le transport par route n’a progressé que de 3 % sur la même période. Je veux poursuivre dans cette lignée. Ce qui manque encore aujourd’hui à la voie d’eau, c’est la réouverture - programmée -du canal de Pommeroeul à Condé, fermé depuis 1992 : cela permettra de rendre la traversée wallonne beaucoup plus attractive. Aujourd’hui, si l’on vient de France, on doit presque aller jusqu’à Tournai avant de revenir vers Charleroi, Namur et Liège. Financés par la France et la Wallonie, les travaux ont commencé et seront terminés dans quatre ans. »