Un modèle à suivre pour une agriculture durable et équitable. Explications d’Erwin Schöpges, Président de la coopérative.
 

En quoi consiste Fairebel ?

« Nous sommes une coopérative créée en 2009, en réaction à la grande crise laitière et aux épandages de lait à Ciney. Aujourd’hui, nous sommes à peu près 500 agriculteurs membres, répartis sur toute la Belgique. »

« Pour devenir membre, chaque agriculteur doit acheter des parts dans la coopérative et s’engager à organiser des journées d’animation en magasin, afin de favoriser le contact avec les consommateurs. »

« Les consommateurs eux-mêmes peuvent devenir acteurs de notre coopérative en achetant des parts et en assistant à nos assemblées générales… Outre le lait, nous commercialisons également du fromage, du beurre et de la crème glacée. »
 

Quelle est votre mission ?

« Proposer des produits équitables, éthiques, durables à un prix accessible. »

« Avec nous, le consommateur peut être sûr à 100% que l’agriculteur aura touché un prix qui couvre ses coûts de production et son salaire, que la marge de la grande distribution sera correcte et que lui-même bénéficiera d’un produit de qualité, à prix équitable. »

« Bref : que chaque maillon de la chaine de production aura bien été respecté. »

La forte surproduction de lait génère une énorme pression sur le marché et des prix trop bas.

« Si les agriculteurs ne touchent pas un prix suffisant, les entreprises familiales avec une vision durable de l’agriculture s’éteindront, faisant place à une agriculture industrielle composée de grandes exploitations. »

« Notre but est d’offrir au consommateur la possibilité de soutenir une agriculture familiale de manière accessible. Nos produits sont disponibles dans toutes les enseignes belges. »
 


 

Où en est la crise du lait actuellement ?

« Le prix du lait est toujours extrêmement volatile, la faute à la libéralisation non régulée : chaque producteur peut produire autant de lait qu’il veut. Résultat, il y a une forte surproduction de lait et la pression sur le marché est énorme, générant des prix trop bas, qui ne permettent pas une rémunération correcte du producteur. »

« La libéralisation du marché ne sert que les intérêts des grandes laiteries et des multinationales, qui ont tout intérêt à acheter le lait au prix le plus bas possible pour dégager le plus de bénéfices… »

« Idéalement, l’agriculteur devrait être payé 0,45€/litre pour s’y retrouver. Après, les autres coûts sont : la collecte de lait pour l’amener à la laiterie, l’emballage et la mise en boîte, le transport vers les grandes surfaces et enfin la marge pour la grande distribution et, dans notre cas, une marge pour la coopérative (pour le personnel, le marketing, etc.). »

« Si l’on veut que tout le monde soit rémunéré équitablement, le prix du lait arrive à environ 1,12€ pour le consommateur. Or, en grande surface, il y a du lait premier prix à environ 0,70€. Forcément, lorsque le consommateur fait ses courses, il aura tendance à choisir le lait le moins cher… Au détriment du producteur. »
 

Quelles seraient d’après vous les solutions possibles à cette crise ?

« Il faudrait une politique européenne claire et il faudrait fixer un indice du prix du lait idéal permettant aux producteurs de s’en sortir. »

« C'est-à-dire que lors d’une crise, il faudrait plafonner la production chez tous les agriculteurs européens et leur donner la possibilité de baisser leur production volontairement. Ceux qui baissent leur production devraient par ailleurs recevoir des compensations financières. »

Il faudrait une politique européenne claire permettant aux producteurs de s’en sortir.

« En 2018, nous avons pour la première fois émis notre revendication en matière de prix du lait auprès du gouvernement. Elle a porté ses fruits et nous avons vu directement l’impact sur le prix du lait payé à la ferme, même si ce n’était pas encore suffisant. »

« Tant que le plafonnage de production ne sera pas établi, il persistera une surproduction et des injustices entre les agriculteurs. C’est pourquoi il faudrait donner les mêmes règles à tous les agriculteurs en plafonnant leur production… »
 

Qu’espérez-vous pour le futur de l’agriculture ?

« Nous avons parcouru un chemin long et périlleux mais le public est de plus en plus sensible à cette cause. Toutes les manifestations pour le climat en sont la preuve : le consommateur actuel est plus sensibilisé qu’auparavant, il est en demande de produits de qualité, provenant d’exploitations à taille humaine, respectueuses, familiales et durables. »

« En 2018, nous avons vendu 10 millions de litre de lait et notre objectif pour 2019 est d’atteindre les 11 millions. De cette manière, chaque belge aura bu un litre de lait équitable sur l’année ! »