Jean De Cannière

Le Home Baudouin en est un exemple. Depuis 130 ans, cette association accueille des hommes en difficulté, pour des séjours allant d’une nuit à parfois plusieurs années. Elle a bénéficié récemment d’un coup de pouce de United Fund for Belgium, grâce au soutien financier d’un de ses principaux partenaires, la société Japan Tobacco International (JTI). Rencontre avec Jean De Cannière qui, jusqu’à fin juin 2016, en aura été l’administrateur délégué pendant trois ans.

Quelle est la finalité de United Fund for Belgium ?

Jean De Cannière : « Notre asbl est née en 1972 en Belgique, à l’initiative de chefs d’entreprise. Beaucoup de ceux-ci dirigeaient des filiales de sociétés américaines, la philanthropie d’entreprise étant beaucoup plus développée dans les pays anglo-saxons que chez nous. Notre mission est de récolter des dons auprès des départements de responsabilité civile ou sociale des entreprises (RSE).

Nos partenaires sont donc essentiels dans notre fonctionnement. En effet, United Fund for Belgium existe uniquement grâce à ses donateurs, qui sont tous des entreprises souhaitant rendre quelque chose à la société dans laquelle elles sont actives. Notre rôle est vraiment de créer un lien direct avec le tissu associatif, au nom des départements RSE de ses entreprises. Plusieurs milliers de personnes bénéficient chaque année des actions que nous mettons en place. Nous favorisons avant tout les petites et moyennes associations qui n’ont pas une organisation de récolte de fonds très développée. »

Quel est votre modus operandi ?

J. D. C. : « Nous opérons partout en Belgique, dans quatre domaines d’activité : l’enfance défavorisée, l’aide aux personnes handicapées, la lutte contre la pauvreté et la lutte contre l’exclusion sociale. Nous soutenons uniquement des projets d’investissements, comme la rénovation d’une plaine de jeu ou l’achat d’un véhicule. En pratique, nous fonctionnons comme suit : les associations viennent nous soumettre leurs projets ; notre comité de bénévoles leur rend une visite d’évaluation ; nous opérons une sélection parmi les projets ; nous les soumettons à notre conseil d’administration ; celui-ci les approuve. »

Parmi vos projets figure l’aide au Home Baudouin. En quoi consiste-t-elle ?

J. D. C. : « Créé en 1886, le Home Baudouin fait partie de l’asbl Œuvre de l’Hospitalité. Cette maison d’accueil est destinée à des hommes - uniquement - en difficulté. Il s’agit de personnes marginalisées et dans un besoin très aigu suite à des aléas de la vie : ruptures familiales, déroutes professionnelles, addictions à l’alcool ou à la drogue, etc. Le home peut loger en permanence une septantaine de personnes, réparties dans les trois dortoirs d’un bâtiment situé à deux pas de la Grand-Place de Bruxelles, et dans cinq studios individuels groupés ailleurs en ville. En outre, l’association leur fournit non seulement des repas, mais aussi un accompagnement social afin de les sortir de leur situation. »

Quels sont les moyens de fonctionnement de cette maison d’accueil ?

J. D. C. : « Le home compte une équipe sociale d’une quinzaine de professionnels - assistants sociaux, éducateurs et infirmières - et une équipe hôtelière de six personnes. Le paiement des salaires de l’équipe sociale est pris en charge par les pouvoirs publics, en particulier le ministère des Affaires sociales. La gestion de l’asbl, elle, est assurée par des bénévoles et par quelques employés à la charge de l’association. Des subventions de la COCOF couvrent seulement partiellement les travaux d’investissements. D’où la double nécessité de faire appel à la récolte de fonds pour le fonctionnement du home. »

Quelle aide avez-vous apportée ?

J. D. C. : « Le projet que nous avons financé grâce à l’appui de l’un de nos donateurs principaux (la société JTI) est le renouvellement de la cuisine du home : surface au sol, surfaces de travail, éviers, appareils ménagers, etc. La cuisine ne correspondait plus aux normes de l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA). Ceci arrive assez souvent et de manière justifiée dans ce type d’associations, lorsqu’elles opèrent dans des conditions de confort et d’hygiène douteuses. Le projet a été réalisé en 2013 et 2014. »

Quel succès rencontre aujourd’hui la responsabilité sociale ou civile des entreprises ?

J. D. C. : « En tant qu’ancien collaborateur d’une grande société informatique américaine, je suis convaincu que le personnel des entreprises a une attente très grande de la part de ses employeurs à marquer une attention et une sollicitude pour l’environnement social dans lequel opèrent ces sociétés. L’intérêt des actionnaires et le bénéfice des entreprises sont des éléments indispensables mais qui ne sont pas suffisants aux yeux des employés. À leurs yeux, l’entreprise doit être un réel vecteur d’action sociale. Même si, selon moi, on n’en fait pas encore assez de ce point de vue, nous assistons tout de même à une évolution positive depuis quelques années. Cette responsabilité est de plus en plus d’actualité. Il suffit de voir l’augmentation du nombre de conférences, de tables rondes et d’études sur le sujet pour s’en persuader. Parallèlement, on voit d’ailleurs aussi se développer, à côté de la conscientisation et de l’action sociale, l’objectif de durabilité, qui inclut notamment les problématiques environnementales et le respect des lois sociales par les sous-traitants. »